ISSN 2269-5141

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Louis Althusser : Etre marxiste en Philosophie

vendredi 18 novembre 2016, par Yoann Colin

La publication aux PUF du texte posthume de Louis Althusser et dont il acheva la rédaction en 1976, Être marxiste en philosophie [1] répond au souci de rendre accessible les textes d’un des plus importants penseurs marxistes français. D’Althusser, J. Rancière dira :

« il s’est singularisé de deux manières : théoriquement, en s’opposant aux pensées qui voulaient moderniser le marxisme, un souci inverse de retour à la pensée propre de Marx ; politiquement, en affichant, face aux dissidences diverses qui secouaient les partis communistes, une fidélité qui n’était pas sans arrière-pensée : elle entendait en effet garantir à la théorie une autonomie susceptible de rendre au marxisme le tranchant théorique capable de produire un renouveau politique.” [2]

Dans cet ouvrage, Althusser s’attaque à la difficile question de savoir ce que serait, à son époque – mais aussi à toute époque – qu’être marxiste en philosophie. Ce texte, comme d’autres (par exemple Initiation à la philosophie pour les non-philosophes [3],se veut une sorte de manuel, car son projet intellectuel se destine à une large diffusion [4]. Ce texte est précédé d’une excellente préface de G. M. Goshgarian qui a notamment – mais pas seulement - pour utilité à la fois de replacer ce texte dans le cours de l’évolution de la pensée d’Althusser ce et de rappeler clairement et brièvement l’ambition intellectuelle de ce grand philosophe, dont se sont inspirés tant de grands penseurs (comme E. Balibar, J. Butler, J. Rancière, P. Macherey, pour ne citer qu’eux). En effet, et des notes précises de G. M. Goshgarian le précisent chaque fois que cela est utile, la position d’Althusser a évolué, tant à propos de ce qu’est la philosophie, qu’à propos de ce que pourrait être une philosophie marxiste, et qu’à propos du statut de l’œuvre et de la méthode marxiennes elles-mêmes.

Histoires idéaliste et matérialiste de la philosophie

L’ouvrage commence par un prologue (intitulé « l’âne de Groucha »), présentant une discussion entre des philosophes, morts aussi bien que vivants, parmi lesquels figure comme naturellement Lénine, et qui esquisse la matrice de la relecture marxiste (et précisément althussérienne) de l’histoire de la philosophie : c’est-à-dire une séparation entre les tenants d’une conception abstraite et prétendument neutre de la philosophie et ceux qu’Althusser considère comme des précurseurs de Marx ou du moins des philosophes donnant des armes pour changer le monde (dans lesquels il semble inclure Spinoza, Hegel, Rousseau, et surtout Machiavel et Lénine) et pas seulement spéculer dans un monde de concepts inutilisables et impropres à changer quoi que ce soit de la réalité (presque tous les autres) [5].

Dans la tradition marxiste de la relecture de l’histoire de la philosophie (dont le livre de G. Politzer Principes élémentaires de philosophie [6] est un paradigme) et pour essayer de la définir, Althusser présente la philosophie et son histoire comme un long combat, une guerre, entre la philosophie idéaliste et la philosophie matérialiste [7]. Toute une tradition,idéaliste, soutient que la philosophie doit commencer par un objet ou un terme « qui constitue de droit son commencement absolu » [8]. Althusser prend l’exemple de Descartes pour qui, selon lui et après une relecture des textes cartésiens, « dans la méditation le commencement absolu de la philosophie recule perpétuellement, pour se découvrir finalement en Dieu. » [9]. La tradition idéaliste de la philosophie se caractériserait ainsi pour lui par la nécessité d’un commencement particulier, alors que la philosophie matérialiste (dont il excepte pas matérialisme vulgaire qui commence par la matière, donc également par un objet particulier) exige de commencer par n’importe quoi, tant que n’importe quoi est en mouvement. Ainsi les philosophies idéalistes peuvent être dites téléologiques car elles supposent une origine en vue d’une fin. Alors que les philosophies idéalistes ne le sont pas.

Les philosophies idéalistes sont des procès, des processus téléologiques, tandis que les philosophies authentiquement matérialistes sont, certes, elles aussi des procès, puisqu’il y a mouvement, mais, selon l’expression d’Althusser des « procès sans origine ni fin ». A ce titre, ces processus sont indépendants d’une quelconque conscience, et comme on a coutume de rapporter traditionnellement la conscience à un sujet capable de dire « je », cette philosophie est donc un « procès sans sujet ». Rappelons que cette idée de « procès sans sujet » a sans doute une origine psychanalytique et plus précisément lacanienne, puisque Althusser a trouvé dans la psychanalyse une anti-psychologie, qui rejette l’illusion d’un « sujet » autarcique ou maître de ses représentations. Le « procès sans sujet » renvoie ainsi à un processus qui entraîne et emporte ce que la tradition avait coutume d’appeler les sujets, sans qu’en réalité ces derniers aient une réelle et efficace emprise et capacité de décision. L’idée de « procès sans sujet » renverrait à des sujets plus passifs et soumis qu’actifs et décideurs, et sans réel pouvoir. Althusser s’oppose à toute forme d’interprétation de la théorie marxiste en termes de théorie de la conscience. Il déconstruit la grande tradition de la philosophie idéaliste moyennant « une prise de distance par rapport à la prise de distance qu’elle prétend prendre du monde » [10].

Les conséquences de cette distinction entre philosophies idéalistes et philosophies matérialistes tendent à disqualifier les philosophies idéalistes à plusieurs titres. « Cela veut dire d’abord que le philosophe qui croit pouvoir commencer par le cogito,[ ou autre] commence toujours en fait par une notion qui ne l’a attendue pour commencer, qui a tout un passé, non seulement un passé philosophique, mais tout un passé historique » écrit L. Althusser [11]. Les philosophies idéalistes tombent nécessairement dans l’illusion suivante : le terme premier de la démarche, premier selon l’être, comme selon la découverte, n’est en réalité pas historiquement ni ontologiquement premier.

D’autre part, le propre de la philosophie idéaliste est de prétendre détenir vérité absolue sur les choses (Althusser montre comment chez Platon avec son caractère anhypothétique, chez Descartes pour qui, selon une image, la métaphysique est le tronc du savoirs dont les autres autres sciences ne sont que différentes branches et Hegel définissant la philosophie comme une science de la raison, la philosophie est érigée comme la plus haute instance dans l’ordre du savoir). La philosophie idéaliste, contient pour ses adhérents contient la vérité aussi bien de l’histoire concrète que des sciences.

A l’inverse, la philosophie matérialiste ne croit pas qu’il y ait un commencement absolu ni que la philosophie soit la vérité absolue. « Elle tient en revanche, écrit Althusser que tout ce qui se produit dans l’histoire, tout en ayant des origines (c’est-à-dire une, ou plutôt des causes et des effets), et une tendance, n’a ni origine (commencement absolu, sujet absolu, sens absolu) ni fin (fin absolue, sujet absolue, sens, destination absolue). Elle considère donc que pour connaître ce qui se passe dans l’histoire, il faut se débarrasser de toutes ces catégories illusoires, et « se mettre à l’étude concrète des faits empiriques » (Marx (l’Idéologie allemande)), pour découvrir la logique rationnelle de ce processus concret. Et elle montre en même temps que la connaissance scientifique de ce processus concret, chaque fois différent et original, n’est pas possible sans le secours de la catégorie de « procès sans sujet » (sans origine et sans fin), qui est indispensable à la philosophie lorsqu’elle veut penser elle-même ce qu’elle est. » [12] Althusser en conclut, que puisqu’elle supprime l’idée d’une fin ou d’un commencement absolu, le matérialisme « est nécessairement un athéisme. » [13].

Toutefois, si les deux tendances de la tradition philosophique, idéaliste et matérialiste, doivent être distinguées et expliquent le mouvement de l’histoire de la philosophie, elles ne peuvent pas être complètement séparées dans les faits. Althusser écrit ainsi « on a coutume, dans l’historiographie de la philosophie marxiste depuis Engels, de dire que l’histoire de la philosophie se réduit au combat entre l’idéalisme et le matérialisme [14]. Cette formule est vraie dans sa généralité. » [15]. Mais les philosophes ne sont pas absolument complètement matérialistes ou idéalistes. C’est pourquoi des matérialistes authentiques comme Marx et Lénine ont pu trouver de quoi nourrir leur pensée, véritablement matérialiste, dans la philosophie de l’idéalisme absolu de Hegel. De la même façon Althusser « soupçonne » les philosophes qui se revendiquent matérialistes d’être, sans le savoir et sans même en être responsables, tellement marqués par l’idéalisme féodal ou bourgeois, que leur prétendu matérialisme n’est qu’un idéalisme déguisé ou travesti.

Philosophie, science et pratique

Puis Althusser distingue la philosophie de la science, à l’aide de leur objet qui est différent, celui d’une science est fini quand celui de la philosophie se veut infini et absolu, à l’aide des interrogations qu’elles posent : les problèmes ne valent que pour les sciences ; et ce à quoi répond la philosophie, c’est à des questions. Enfin, la démarcation de la science et de la philosophie s’opère par qu’elles apportent. La philosophie n’est pas une science, donc elle ne propose pas de solutions qui soient des connaissances comme les sciences, la philosophie est « une tout autre pratique » [16] qui pose des questions et leur donne des réponses, sans que ces réponses soient des connaissances comme les connaissances scientifiques.

Or cette distinction est originale et nouvelle dans la pensée d’Althusser. Il a en effet longtemps défendu dans la première moitié des années 1960 la thèse de la scientificité de la philosophie marxiste. Dans sa Préface, G. M. Goshgarian rappelle que pour Althusser, au début des années 1960, la philosophie est une science. Marx aurait fondé cette philosophie scientifique en droit dans le Capital, sans parvenir à l’élaborer de fait. Il faut donc, pour Althusser à cette époque lire le Capital pour expliciter la pensée qui y subsiste à l’état pratique. Un changement apparaît à la fin des années 1960 dans Philosophie et philosophie spontanée des savants [17], prononcé en 1967 et « Lénine et la philosophie » [18]. Deux idées alors se font jour : « les classes dominantes dénient qu’elles dominent » et « la philosophie représente la lutte des classes, c’est-à-dire la politique ». Et la philosophie dominante représentera donc ce déni, composante essentielle de la politique des dominants, auprès des sciences qui, sinon, pourraient le dénoncer. Autrement dit, la philosophie régnante, celle des dominants, quoiqu’elle se veuille neutre et apolitique, couvre et soutient l’idéologie dominante. Elle est en réalité marquée politiquement, c’est-à-dire du point de vue de la lutte des classes. Du coup, dénoncer ce caractère de la philosophie, partiale et non source de connaissance valable comme la science, requiert d’abord la démarcation entre sciences et philosophie, puisque toute définition de la philosophie ne pouvant échapper à la philosophie, sera incomplète et inadéquate [19].

Althusser examine alors le cas du marxisme tel qu’il pouvait être conçu à son époque, à savoir comme une science capable de tout expliquer. Il écrit ainsi : « de fait, le matérialisme historique lui-même n’échappe pas à la contagion universelle. Ce sont d’ailleurs le plus souvent des non-marxistes qui lui font jouer ce rôle, prenant la science fondée par Marx pour une philosophie capable de tout expliquer. Mais il est aussi des marxistes pour donner la main à cette imposture. Le résultat en est double. D’une part le prétendu marxisme entend rendre compte de tout, des phénomènes de l’inconscient (Reich), des phénomènes esthétiques (Lukàcs), de la philosophie (Plekhanov), et même des mathématiques (Casanova) et de la physique quand ce n’est pas de la linguistique (Marr, sévèrement repris en son temps par Staline), voire la médecine. D’autre part, ce même marxisme est à ce point éloigné du matérialisme historique qu’on peut à bon droit dire que cette science « a disparu ». [20] Mais c’est pour mettre en évidence que c’est une mauvaise façon de comprendre le matérialisme historique et la pensée de Marx. Althusser refuse de voir, dans que certains font du marxisme, l’héritage fidèle de la pensée de Marx et s’oppose à l’idée que le marxisme ainsi conçu, c’est-à-dire capable de rendre compte de la totalité du réel et du devenir soit une science.

Pour analyser plus avant le statut épistémologique du marxisme, Althusser critique la position développée par Popper, qui vise à établir une stricte démarcation entre les sciences authentiques et ce qui voudraient se faire passer pour des sciences, mais qui n’y parvient pas. Ce critère est la falsifiabilité, c’est-à-dire le fait pour un énoncé ou une théorie scientifique de pouvoir être non seulement vérifié par l’expérience, mais surtout réfuté par elle. Les contre-exemples de Popper sont le marxisme et la psychanalyse qui peuvent justifier tout événement, mais qui sont incapables de prédire un événement de telle sorte que s’il ne se produit pas conformément à la prévision, la théorie à partir de laquelle l’événement a été prédit doit être rejetée. Pour Althusser, Popper a raison d’admettre le principe de falsifiabilité, mais tort de dire par avance quelle théorie sera scientifique et quelle théorie ne le sera pas : l’expérience historique établit qu’on ne peut pas savoir à l’avance quelle théorie sera scientifique ou non, c’est-à-dire démentie par l’expérience. Si le marxisme et la psychanalyse semblent échapper au processus de falsifiabilité c’est parce que les expériences qui y sont pratiquées ne peuvent pas être reproduites dans des conditions absolument identiques. Il critique idée que conditions de l’expérimentation doivent être reproductibles, c’est-à-dire doivent être partout les mêmes et écrit ainsi : « Ce qui distingue le dispositif expérimental des sciences de la nature du dispositif du marxisme et de la psychanalyse, c’est que le premier est monté de toutes pièces, en fonction d’éléments universels parfaitement définis au départ, alors que dans la cure analytique et dans la lutte des classes, ils sont singuliers et ne se découvrent et ne se définissent que progressivement au cours de la cure et de la lutte. Mais comme cette différence est prise en compte et pensée, on peut, au moins dans le principe, considérer qu’elle est annulée. » [21]. En d’autres termes, Althusser, sans emporter la conviction, essaie de penser le marxisme et la psychanalyse comme des sciences dont on ne pourrait pas tirer de lois universels, du fait de la nécessaire singularité de leur pratique. Cela expliquerait certes que ces disciplines ne puissent pas prédire de lois universelles, mais on se peut se demander ce que peut être et valoir une science qui n’apporte pas de lois...

Quel rapport entretient alors la philosophie avec la science ? Pour Althusser, non seulement la philosophie n’a pas d’objet, au sens où la science a un objet, car il n’existe pas d’expérimentation en philosophie et on a vu que l’expérimentation avec comme corollaire la falsifiabilité était un critère de la science, mais la philosophie, contrairement à la science qui vise un savoir déterminé et particulier, a la prétention à tout connaître. Pour la philosophie idéaliste, le tout à connaître par la philosophie est somme des réalités existantes (monde, dieu, etc.) et donc l’être dans son entièreté. Pour ce faire, la philosophie, va se définir par sa volonté de classement, de distinction et de hiérarchie. A titre d’illustration, Althusser évoque entre autres les catégories d’Aristote ou la caractéristique universelle de Leibniz. Ce qui, dans l’objectif d’une connaissance de tout, est légitime. Mais ce qui ne va pas, c’est lorsque la philosophie veut créer un « ordre des ordres » selon mot de Levi-Strauss autrement dit « un ordre qui, englobant tous les ordres subalternes, s’englobe lui-même dans l’ordre qu’il met en ordre » [22]. C’est une « imposture » [23]. En effet, ce que critique fondamentalement Althusser, c’est que ceux qui réfléchissent sur cet ordre, « parlent d’autorité, donc de pouvoir, et comme il n’est de pouvoir qu’établi, celui de la classe dominante, c’est le sien qu’ils servent, même s’ils ne le savent pas, et surtout s’ils pensent le combattre. Comme quoi la philosophie (…) est rien moins qu’innocente. Son monde à elle, son monde réel, qui surgit à l’horizon de toutes ces brillantes subtilités, c’est le monde des hommes et de leur lutte : le monde de la lutte des classes. » [24]. Parce que l’ordre des objets du monde, l’ordre ontologique des êtres,comme l’ordre méthodologique des raisons, crée ou perpétue une hiérarchie, la réalité de cet ordre, étudiée par la philosophie, vaut, ou a un effet, dans l’ordre politique ou social, en tous cas sur la vie des hommes. L’ordre, comme moyen de classement voire d’exclusion, a partie lié avec l’ordre politique [25].

A partir de là, Althusser examine précisément la démarche de la philosophie. Il met en avant qu’en philosophie, on pose des thèses, qu’il faut parler de position. Le terme grec de Thésis signifie l’action de poser. Quand on pose, on pose quelque chose quelque part, et en philosophie, on pose dans l’espace philosophique – qui est lui-même composé de trois espaces : celui de sa propre philosophie, celui de la philosophie de son temps et celui de tout le passé de l’histoire de la philosophie. De plus, une thèse n’est jamais seule, elle est toujours « composée » autrement dit posée avec l’ensemble des thèses qui constituent la philosophie du philosophe considéré. Or en posant une thèse, on peut considérer que le philosophe « s’oppose » à une autre, donc toute thèse est aussi, et par nature, une antithèse. Althusser déploie à cette occasion un ensemble d’images guerrières et militaires. Poursuivant sa dénonciation de l’esprit de la philosophie, qui a, on l’a vu, maille à partir avec l’ordre, et qui se veut se par sa nature même conflictuel – voire guerrier – Althusser montre comment cette violence dans l’ordre des concepts reflète une violence humaine, comment la philosophie n’est jamais neutre, mais toujours, quoiqu’elle en dise, au service d’un pouvoir politique :

« On voit, écrit-il, des violences extrêmes, qui commencent par des violences faites aux catégories et aux concepts, et qui se terminent par des violences faites aux individus (pensez à Giordano Bruno, à Galilée, etc.), ou même des peuples entiers (les ennemis réduits à l’état d’esclaves dans l’Antiquité, les peuples colonisés par le capitalisme, les victimes ds fascismes de notre connaissance, etc.). Et si quelqu’un vient s’étonner : mais de quel droit tirez-vous cette conséquence extrême et si lointaine, puisque, tout le monde le sait bien, non seulement les philosophes ne font rien que manier des idées, mais, par-dessus le marché, ils ne comprennent rien au cours politique du monde dans lequel ils se font un point d’honneur de ne pas intervenir ? Il est aisé de répondre : et Platon, en Sicile, ne serait pas intervenu ? Et Hobbes sous Cromwell ? Et Spinoza en Hollande, et tous les philosophes des Lumières, Kant inclus dans l’Europe du XVIIIe siècle ? Et Marx dans la lutte de la classe ouvrière ? (...) Et Heidegger dans l’Allemagne hitlérienne ? » [26].

Dès lors, on peut en conclure que la philosophie émet des propositions qui, au lieu d’énoncer des connaissances, énoncent des thèses, ces propositions-là n’ont pas de rapport direct avec la connaissance donc avec le vrai, puisqu’il est couramment admis, dans l’idéologie de la connaissance, de désigner les connaissances comme étant vraies (ou fausses, ou confuses, etc.). Dans la mesure où on dit habituellement qu’une connaissance (scientifique ou non) est « vraie », il faut un autre terme pour désigner les thèses des philosophes. Althusser propose de qualifier ces thèses en fonction de leur « justesse ».

Qu’est-ce alors que cette justesse ? En quoi les thèses philosophiques peuvent-elles être dites justes ? Par rapport à quoi ? Althusser explique que la justesse peut s’éclairer « à partir d’une certaine qualité de la pratique bien conduite par le praticien. » [27]. Althusser illustre cette idée avec l’exemple des artisans. Des artisan travaille le feu d’une façon juste, dans la mesure où tous leurs gestes sont ajustés à une fin définie. Il en va de même pour l’action politique : « l’homme politique conscient et responsable de ses « devoirs » envers la cité ne se soucie pas tant du vrai que du juste, pas tant de dire la vérité ou de se régler sur elle que de prendre des mesures et des décisions justes, celles qui conviennent au salut de la Cité, au juste moment, et dans les formes justes. » [28]. Aussi est-ce en ce sens que Machiavel, Marx et Lénine parlent de « guerre juste ». » Il apparaît donc que, comme l’écrit Althusser « les thèses philosophiques ont un rapport à la pratique. » [29].

Du mauvais usage de la vérité et d’autres attributs de la philosophie

Par opposition à la justesse, à quoi sert la vérité ? « La vérité es une fonction de garantie ». [30]. Elle se veut et se prétend au-dessus de tout soupçon, c’est d’ailleurs ce qu’accrédite sa forme prétendument neutre (on peut par exemple penser à la forme de la démonstration la plus rigoureuse inspirée des mathématiques et que se réapproprie à sa manière la philosophie). En outre, la vérité repose sur division entre ceux qui la connaissent et les autres, sur un partage qui sanctionne un ordre du monde et en garantit le bien-fondé et la légitimité. Cette division entre ceux qui connaissent la vérité et les autres fait que ceux qui savent garantissent que la division est, par nature, bien ; et cela vaut pour la division du travail, comme pour celle entre gouvernants et gouvernés, entre hommes et femmes, entre ceux qui travaillent et ceux qui ont le loisir de chercher et dire la vérité. La vérité sanctionne l’ordre établi. Althusser se réfère sur ce point à Marx qui« explique que tout ce système, y compris la philosophie qui le sanctionne de sa garantie, n’a qu’une fonction : le maintien de la domination de la classe dominante sur la classe dominée, maintien qui a justement besoin et de ces divisions, et de ces fonctions multiples, et de la garantie que tout est bien dans la meilleure des Cités » [31]. Il apparaît donc indubitable que la philosophie joue un rôle dans le maintien ou le renversement de l’ordre établi. Autrement dit, sous une neutralité apolitique affichée, elle a partie liée avec la politique, même si elle prétend le contraire, affirmant ne s’intéresser qu’à – ou s’y intéresser principalement – la vérité.

Althusser réfléchit alors à un exemple qui illustre son idée que la philosophie a à voir avec la pratique : il se demande comment expliquer le déclin de la réflexion philosophique sur la vérité ? C’est-à-dire comment expliquer le grand déclin de la théorie de la théorie de la connaissance chez Hegel, pourtant contemporain d’importantes découvertes scientifiques ? La réponse est à chercher pour Althusser dans l’histoire de l’idéologie juridique et politique. Il lit le développement initial de la science dans le cadre de la lutte des classes comme celui d’une arme aux mains de la bourgeoisie qui combat la féodalité et l’idéologie sur laquelle elle s’appuie, en particulier la foi qu’elle exige des croyants. Libérés des croyances religieuses, par la science, la bourgeoisie se légitimerait ainsi comme classe dominante, puisque son idéologie reposerait sur la science – qui trouve dans la vérité scientifique sa vérité, alors que la féodalité se justifiait par une vérité révélée qui était garantie par Dieu [32]. Cela pourrait aussi expliquer le déclin de la théorie de la connaissance dans les philosophies du XIXe siècle, en particulier dans la philosophie hégélienne. Comme l’écrit Althusser, « sûre désormais de son pouvoir de fait, devenue hégémonique, et de plus en plus assurée de ses appareils idéologiques d’Etat, la bourgeoisie n’a plus besoin de cette garantie philosophique qui était naguère encore son premier et dernier secours théorique. Les sciences existent, elles produisent leurs résultats, sans plus avoir à craindre l’intervention et les condamnations de l’Eglise. Le droit bourgeois est un fait établi, reconnu par tous, y compris par les exploités. Il ne s’agit plus de justifier ni le droit à connaître, ni le droit à dominer. Il s’agit tout simplement d’organiser le pouvoir établi, et de tirer de son organisation, et de l’exploitation qu’il protège, les moyens de lutter contre la baisse tendancielle de taux de profit. » [33].

Pour justifier sa démarche explicative et l’exemple qu’il vient de donner sur le développement et l’intérêt de la philosophie pour la science, Althusser se réfère à Marx dont il analyse ce qui semble être la méthode et les exigences.Il réfléchit à la façon dont Marx articule théorie et pratique. Marx part du fait qu’il existe des connaissances certaines et scientifiques, les autres connaissances ne le sont pas. Partir du fait permet d’éviter la question du droit (comment et pourquoi l’homme connaît-il ? Comment s’assure-t-il de la vérité de ses connaissances, etc.). Marx pose également le primat de la pratique sur la théorie, « primat de la connaissance pratique sur la connaissance théorique » [34]. Ce primat se retrouve aussi bien historiquement (les hommes ont commencé par avoir des connaissances pratiques avant d’avoir des connaissances théoriques) que logiquement (« à chaque fois, même lorsque la connaissance scientifique, donc théorique, est en jeu, c’est la connaissance pratique qui est déterminante en dernière instance, et derrière la connaissance pratique, c’est la pratique de la production et des rapports sociaux, donc la lutte des classes dans les sociétés de classe, qui est déterminante en dernière instance. » [35]) Cela implique donc naturellement une théorie du développement des forces productives sous les rapports de production, et de leurs effets conjoints dans le domaine de la découverte scientifique. Selon Althusser, l’histoire, donc les faits, corrobore la théorie matérialiste marxiste car les grandes découvertes scientifiques ont toujours entretenu un étroit rapport avec le développement des classes sociales, avant tout de la bourgeoisie, « au point que maintes découvertes scientifiques ont été provoquées par des épisodes de la lutte des classes entre la bourgeoisie et le prolétariat. » [36]

Cette analyse de l’essor de la science et de la philosophie qui en commente et réfléchit la portée a conduit Althusser à une thèse corroborée, soutient-il, par les données factuelles de l’histoire et l’analyse de Marx. Il s’appuie sur son analyse pour montrer comment, à partir du changement permis par la science, la conception du sujet change avec l’émergence et le développement du capitalisme. En effet, remarque-t-il, dans le droit bourgeois, par opposition au droit féodal, « tout individu humain est sujet de droit. « Sujet de » signifie qu’il détient des capacités juridiques définies : avant tout, celle de posséder des biens et de pouvoir les aliéner dans l’échange marchand. Le sujet de droit est donc propriétaire de ses biens ; mais, pour [l’être], il doit d’abord l’être de lui-même et de sa volonté, ce qui fait que sa volonté est libre » [37]. A partir de cette analyse, Althusser amorce son analyse de l’idéologie, concept fondamental chez lui. Et il s’agit, après avoir démarqué la philosophie de la science, de l’associer sous un certain rapport à l’idéologie. Passer du droit à l’idéologie juridique, est d’après Althusser, le moyen par lequel le sujet le sujet de droit, exclusivement juridique, devient pleinement humain. L’humain, l’individu humain est un sujet doté de droits juridiques qui est aussi capable de revêtir « les catégories morales et les catégories religieuses : ainsi ce nouveau sujet ajoute aux catégories de la propriété, de la liberté et de l’égalité, les catégories morales de la fraternité, de la générosité, de la conscience morale, de la bonne intention, de la conscience droite, et les catégories religieuses de la créature finie (...) Et comme ces idéologies juridique, morale et religieuse touchent évidemment à l’idéologie de la pratique sur la nature ou des hommes sur les hommes (production et politique), ce nouveau sujet devient , de surcroît, un sujet actif et agissant, responsable de ses actes, conscient de ses projets, maître (ou non) de ses actions, et en payant l’addition à la fin des fins, non devant dieu, mais devant le tribunal de l’histoire. » [38]. Althusser attribue à Marx la paternité de la thèse selon laquelle toute la philosophie bourgeoise s’est construite sur l’idéologie juridique. Ainsi par exemple Kant serait un philosophe éminemment bourgeois en ce qu’il sépare la religion de la science et de la morale. De façon tout aussi conforme à son schème explicatif, Althusser lit l’affirmation de Hegel sur la fin de l’histoire, comme la croyance des bourgeois, enfin parvenus au pouvoir, au caractère définitif de leur domination.

Philosophie et idéologie

Parce qu’il a lié la philosophie à la classe dominante, en montrant qu’elle était un des supports et même un des vecteurs de son idéologie, Althusser met au jour les rouages de l’idéologie, en s’appuyant sur les travaux de Marx et de certains marxistes (Lénine, Mao et Gramsci [39]). Partir de Marx apparaît comme nécessaire, mais à condition de tenir compte du fait qu’il ne s’était pas débarrassé complètement et une fois pour toutes de l’idéologie dominante bourgeoise, laquelle, puisqu’elle était dominante, n’a cessé, malgré tout, de le dominer, et de conserver en lui, malgré ses efforts, certaines formulations anciennes dans lesquelles affleure encore leur idéalisme. Ce point reprend la lecture qu’Althusser fait de l’histoire de la philosophie comme combat entre idéalisme et matérialisme, mais où dans lequel idéalisme et matérialisme ne sont jamais « purs », mais toujours déjà compénétrés de leur autre. Attentif à cette situation de la pensée de Marx, Althusser reprend à Marx un acquis de sa réflexion : pour subsister, une formation sociale qui factuellement existe, doit reproduire une partie de ses conditions de production. Il écrit ainsi : « c’est que la superstructure a pour fonction d’assurer la perpétuation des conditions générales de la production, donc de l’exploitation, donc de la lutte des classes, donc de la domination de classe de la classe exploiteuse et de la soumission des classes exploitées. Il est évident que cette tâche s’étend sur une tout autre durée, et s’effectue sur un tout autre cycle que dans l’infrastructure économique. » [40]. Pour cela, est requis un appareil d’État en place (c’est-à-dire qu’il faut que le pouvoir politique et étatique ait été conquis par la classe montante et que cette dernière ait transformé l’Etat pour l’adapter à son exploitation et à son oppression. Il faut également que soient mis en place le droit, la police et le tribunal pour que le droit fonctionne. Enfin il faut renoncer à la conception bourgeoise de l’idéologie selon laquelle « l’idéologie, ce n’est que des idées » [41]. En effet, les idées qu’on trouve dans toute idéologie non seulement constituent un système dans le système mais également forment des idées soit pratiques, soit en rapport direct ou indirect avec la pratique, que cette dernière soit sociale, religieuse, esthétique, morale, familiale, sexuelle, etc.

L’idéologie a ainsi plusieurs rôle : elle fédère et unifie la classe dominante et assure la reproduction sociale de sa domination, et elle légitime et justifie auprès de la classe dominée son assujettissement. En effet, la classe dominante doit s’efforcer de construire son unité car elle se constitue à la fois d’éléments de l’ancienne classe dominante, qui l’ont ralliée, et de toutes ses propres fractions, qui correspondent aux différentes fonctions économiques du mode de production considéré. Cette unification de classe se fait via l’idéologie. La classe dominante doit conquérir son unité et son identité contre l’ancienne classe dominante et la nouvelle classe dominée [42]. Parallèlement, il y a une idéologie de la classe dominée qui naît de ces pratiques concrètes du travail exploité, ouvrier et paysan, et des formes de son exploitation et de l’oppression dont les travailleurs sont l’objet, pratiques inséparables de formes idéologiques élémentaires. « Cette idéologie spontanée se nourrit naturellement de l’expérience et de l’épreuve de l’exploitation et de l’oppression de la lutte de classe capitaliste, et ce n’est pas sans raison que Marx a insisté sur le rôle d’éducation idéologique que jouent, en faveur de l’idéologie prolétarienne, l’organisation et la discipline du travail de la production capitaliste, qui concentre des quantités d’ouvriers dans la grande industrie, et les soumet à des formes de discipline qui leur inculquent, outre des connaissances réelles, l’habitude de l’organisation et de la discipline. » [43]. Aussi Althusser retrouve-t-il l’idée marxienne selon laquelle la bourgeoise produit ses propres « fossoyeurs ».

Quel rôle précis a alors la philosophie au sein de ce composé protéiforme qu’est l’idéologie, dont Althusser a montré le rôle dans la constitution et la domination de classe ? Parce qu’elle vient ré-assembler les morceaux de l’idéologie que la science, toujours liée, même indirectement, au matérialisme, vient décomposer ou déchirer, la philosophie est toujours irrémédiablement liée à l’idéologie dominante. Comme l’écrit Althusser, « si la philosophie remet ainsi philosophiquement de l’ordre dans une idéologie qui, toute dominante qu’elle soit, se sent soudain menacée d’un danger mystérieux, c’est que la philosophie a partie liée avec cette idéologie dominante, et que, même si elle n’est pas idéologique de part en part, elle remplit du moins en cette occasion une fonction idéologique incontestable. » [44]. La philosophie apparaît donc ambiguë : elle se donne l’apparence d’être neutre et éloignée de la vie sociale et politique, homogène et homologue à la science, mais elle est en réalité compromise avec l’idéologie, et peut toujours être utilisée pour ressouder le dispositif idéologique que la science met à mal. Aussi faut-il admettre, comme l’écrivent les philosophes marxistes que « oui, la philosophie est idéologique et politique par sa fonction [45]. Cependant, Althusser prend soin de montrer que si la philosophie sert la bourgeoisie et sa domination par le biais de l’idéologie, ce n’est pas elle, mais l’idéologie juridique, qui est l’élément crucial dans la formation de cette idéologie.

Du coup, comme les enjeux de la philosophie sont des pratiques et qu’il s’agit pour la classe dominante de maîtriser ces pratiques (économie, droit, sexualité, famille, culture...) et les hommes qui en sont les agents et d’orienter ces pratiques vers leurs intérêts de classe. Comment être marxiste en philosophie ? Puisque si la philosophie procède par système, c’est pour résoudre les contradictions, qui sont intolérables à la classe dominante, comment philosopher sans défendre, même inconsciemment, les intérêts bourgeois ? La réponse d’Althusser consiste à montrer que la philosophie matérialiste marxiste ne peut exister qu’à la condition d’assumer de manière radicale la nature et les mécanismes de la philosophie. Donc, parce que la philosophie implique une nécessaire prise de parti, la philosophie marxiste doit prendre parti dans la lutte de classe philosophique. Comment se manifeste cette prise de parti ? Elle doit défendre la lutte de classe dans la théorie contre l’apolitisme affiché de la philosophie et, consciente des intérêts de classe qu’elle représente, elle doit prendre position pour le camp matérialiste, contre le camp idéaliste sur des positions prolétariennes [46]. De plus, le philosophe marxiste se gardera de croire qu’il existe une « philosophie marxiste », idée pourtant partout répandue. Il faut bien plutôt comprendre que Marx a « pensé la philosophie existante, il n’a pas fondé une nouvelle philosophie. Il a seulement pratiqué d’une manière révolutionnaire la philosophie existante, en adoptant des thèses qui exprimaient les positions de classe révolutionnaire du prolétariat. Mais s’il en est ainsi, on est légitimé de dire qu’il n’existe pas, qu’il ne peut pas exister de philosophie marxiste, au sens où une philosophie, qu’elle soit antique, médiévale ou bourgeoise, requiert une forme d’existence particulière qui est celle de la systématicité […] pour soutenir le travail d’unification de l’idéologie dominante » [47]. Le marxisme est alors vu comme « une nouvelle pratique de la philosophie » qui « peut transformer la philosophie ». Aussi, comme l’exprime G. M. Goshgarian dans sa préface, « à la philosophie qui sert la lutte des dominés pour établir leur État à eux, et, en même temps, pour s’en débarrasser, il faut conférer une forme déviante, et même une forme déviante par rapport à elle-même, dans la mesure où elle ne peut pas ne pas être philosophique. A cette pensée déconstructrice et autodéconstructice, philosophique-anti-philosophique, e nom qui convient le mieux est celui imposé
par ses origines. Il faut inventer une philosophie-non-philosophie. » [48]

Notes

[1Louis Althusser, Être marxiste en philosophie, PUF, 2015

[2J. Rancière, La leçon d’Althusser, réédition La Fabrique, 2012, p. 8-9. (initialement paru chez Gallimard en 1975).

[3L. Althusser, Initiation à la philosophie pour les non-philosophes, PUF (collection Perspectives critiques), 2014

[4E. Balibar, rappelle ainsi à ce propos d’Althusser : « Je veux écrire des manuels », dans « Althusser, un nouvelle pratique de la philosophie entre politique et idéologie. Entetien avec Etienne Balibar et Yves Duroux (partie I) », de Fabio Bruschi et Eva Mancuso, dans Cahiers du GRM, n°7, 2015.

[5Dans sa Préface, G. M. Goshgarian rappelle que ce n’est qu’en juin 1975 qu’ Althusser décèle « les prémisses du matérialisme de Marx » chez Spinoza, Hegel et Epicure, et dans la conférence de Grenade de mars 1976, où Machiavel et Epicure sont les deux philosophes nommément félicités d’avoir pratiqué une anti-philosophie anticipant sur celle de Marx. » (L. Althusser, Op. Cit., p13)

[6G. Politzer, Principes élémentaires de philosophie, Éditions sociales, notes prises aux cours professés à l’Université ouvrière de 1935-1936 ; réédition Éditions Delga, 2008

[7Il écrit ainsi : « « la philosophie se présente à nous sous une forme paradoxale. D’un côté, toutes les philosophies ont en commun un certain nombre de traits essentiels, qui tiennent à la nature de leur langage, du rapport systématique existant entre ces termes abstraits que sont les catégories, etc. Mais d’un autre côté, les philosophies se rangent, au moins en première approximation, en deux grands camps, le camp idéaliste et le camp matérialiste, qui s’opposent terme à terme sur des sujets essentiels. Tout se passe en effet comme si, à l’intérieur de la philosophie, les adversaires s’opposaient, mais sur la base d’une réalité qui leur est commune. »( L. Althusser, Ibid., p. 82)

[8L. Althusser, Ibid., p. 63

[9L. Althusser, Ibid., p. 67

[10G. M. Goshgarian, in L. Althusser, Ibid., p. 22.

[11L. Althusser Ibid., p. 75

[12L. Althusser, Ibid., p. 81

[13Ibid., p. 82

[14En particulier depuis le livre d’Engels : Ludwig Feuerbach et la fin de la philosophie classique allemande, 1979, p. 33

[15L. Althusser, Ibid., p. 153-154

[16Ibid., p84

[17L. Althusser, Philosophie et philosophie spontanée des savants, Maspero 1974

[18L. Althusser, « Lénine et la philosophie » (1968), dans Solitude de Machiavel et autres textes, Paris PUF, 1998

[19G. M. Goshgarian rappelle ainsi la description par Althusser du cercle vicieux dans lequel est enfermé la philosophie : « Althusser répond dans « Lénine et la philosophie » en invoquant la « connaissance objective (donc scientifique) » de la philosophie, c’est-à-dire, « une théorie de la philosophie ». Mais, (…) « on doit se garder de l’illusion de pouvoir fournir une définition, c’est-à-dire une connaissance de la philosophie qui puisse échapper radicalement à la philosophie (…) ; on ne peut échapper radicalement au cercle de la philosophie. Toute connaissance objective sur la philosophie est en même temps position dans la philosophie. » » (L. Althusser, Être marxiste en philosophie, op. Cit.p21)

[20L. Althusser, Ibid., p91

[21Ibid., p97

[22Ibid., p107

[23Ibid., p107

[24Ibid., p107

[25Une note p107, indique que cette dénonciation de ceux qui parlent sur l’ordre vise vraisemblablement M. Foucault, et la critique althussérienne fait évidemment penser aussi bien à sa leçon inaugurale au Collège de France, L’ordre du discours, et à ses travaux sur la classification et l’ordre dans les différentes épistémè étudiés dans Les Mots et les choses.

[26Ibid., p118-119

[27Ibid., p122

[28Ibid., p123

[29Ibid., p125

[30Ibid., p137

[31Ibid., p140-141

[32« Tout s’est donc passé comme si, en ce temps où la bourgeoisie devait conduire une lutte de classe incertaine contre la féodalité dominante, et, pour la conduire, devait s’appuyer sur des découvertes scientifiques capables de développer les forces productives et l’exploitation de la main-d’œuvre salariée, et devait conduire cette lutte de classe contre l’idéologie religieuse et sa philosophie, qui suspendait toute garantie de vérité à Dieu, tout s’est donc passé comme si cette bourgeoisie montante avait eu besoin d’une garantie indépendante du dieu féodal, et avant tout d’une garantie qui mette à portée simplement humaine les vérités des sciences de la nature, dans des formes qui permettent en même temps de garantir la liberté des sujets individuels, sujets du travail productif, sujets de l’entreprise capitaliste, sujets moraux et sujets politiques, brefs, sujets de droit. Pour cela, il fallait mettre en avant une théorie de la connaissance, et une théorie de la connaissance qui fonctionne en termes de droit, il fallait instaurer ce que Kant devait appeler, d’un mot miraculeux, le « Tribunal de la Raison », pour faire comparaître devant lui et le sujet humain (…) et les prétendues connaissances » , L. Althusser, Ibid., p159-160.

[33Ibid., p160-161

[34Ibid., p175

[35Ibid.

[36Ibid., p176

[37Ibid., p. 242

[38Ibid., p. 243-244

[39Le rapport d’Althusser à Gramsci est pour le moins ambivalent, dans ce texte comme dans d’autres. Gramsci est cité p58 et on lui attribue la citation : « tout homme est philosophe », dans les pages 281 à 283, Althusser compare sa pensée à celle de Gramsci et explique qu’il insiste plus que Gramsci sur le rôle de l’Etat, alors que Gramsci, de son côté, insiste sur celui de la « société civile ». Sur le rapport d’Althussr à Gramsci, voire les éléments d’analyse d’E. Balibar et Y. Duroux, dans l’article cité des Cahiers du GRM. Voire également l’article d’A. Crezegut « Althusser étrange lecteur de Gramsci » dans Lire Gramsci après Althusser, sous la direction de V.Morfino, Décalages, 2012. Dans une perspective plus conceptuelle et moins historique, on lira avec attention l’article de Pierre Macherey« Verum est factum : les enjeux d’une philosophie de la praxis et le débat Althusser-Gramsci » dans Sartre, Lukàcs, Althusser des marxistes en philosophie, sous la direction de E. Kouvélakis et V. Charbonnier, « Actuel Marx », PUF, 2005.

[40L. Althusser, Ibid., p. 280

[41Ibid., p. 286

[42Ainsi, en France, par exemple, les différents éléments bourgeois hétérogènes doivent à la fois se démarquer des aristocrates auxquels ils ont succédé comme classe dominante, et s’oppose au prolétariat qu’ils exploitent et engendrent

[43Ibid., p. 292

[44Ibid., p. 297

[45Même si Althusser nuance ce propos en expliquant qu’il faut distinguer la forme de la philosophie de son fond et qu’avant d’être utilisée par une classe dominante, la forme philosophique était utilisée par d’autres instances. Il écrit ainsi que « la forme théorio-scientifique de la philosophie est antérieure à la philosophie des philosophes, car on ne rencontre de contenu légitimant l’idéologie dominante que lorsque existe une idéologie dominante dans les sociétés de classe. C’est pourquoi les grandes questions religieuses et politiques sont antérieures à la philosophie. »[[Ibid., p. 298

[46Althusser écrit ainsi : « « comment se bat le philosophe marxiste ? Comme tout philosophe : en pratiquant la philosophie, mais par une nouvelle pratique de la philosophie qui le fasse échapper aux pièges de l’idéalisme, surtout quand il s’est insinué dans ses propres rangs. Il se bat en formulant des thèses nouvelles qui constituent autant d’armes d’attaque contre les positions que l’histoire de la lutte de classes fait occuper à l’adversaire. Ces thèses sont formées de catégories, il lui arrive d’en forger pour répondre à une question inédite. Il sait que ces catégories, si elles sont bien « ajustées », peuvent servir aussi à la pratique scientifique et à la pratique politique, donc très loin de lui. » Ibid., p. 312).

[47Ibid., p. 314

[48Ibid., p. 39

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