ISSN 2269-5141

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Michel Bitbol : De l’intérieur du monde

Pour une philosophie et une science des relations

dimanche 6 mars 2011, par Florian Forestier

Introduction

Michel Bitbol signe avec De l’intérieur du monde [1] un livre important, qui complète une œuvre d’épistémologue déjà abondante et reconnue, et que nourrit une érudition profonde dans des domaines scientifiques variés (Michel Bitbol est neurologue de formation, docteur en médecine et docteur en physique) aussi bien qu’en philosophie. Celui-ci contribue à l’éclaircissement d’un certain nombre de subtilités épistémologiques contemporaines (sur l’interprétation des paradoxes de la mécanique quantique, des phénomènes dits d’émergence, etc.), mais également à la collaboration des perspectives continentales et analytiques. C’est une des grandes originalités de Bitbol que de se placer dans un champ de discussions et de références essentiellement analytique, mais en usant de ressorts problématiques qui relèvent davantage de la philosophie continentale. De façon caractéristique, on va le voir, Bitbol développe une forme originale et novatrice de néo-kantisme, s’inscrit, de par sa méthode comme de par l’encyclopédisme de ses connaissances, dans la postérité de Cassirer – d’un Cassirer en dialogue avec Wittgenstein.

Bitbol prône de façon méthodologique une forme de relativisme transcendantal poussé à ses dernières conséquences : celui-ci n’admet aucun absolu donné, ne se fonde sur aucune garantie extérieure, mais se caractérise par l’autoréflexion permanente du processus connaissant sur le geste par lequel il constitue l’objectivité de ce qu’il veut connaître. Il s’agit donc pour Bitbol de comprendre une forme de recherche de la connaissance adaptée aux problématiques que la science et la philosophie contemporaines ont rendues visibles comme une certaine disposition. Bitbol entend pour ce faire se placer dans l’espace interstitiel de la connaissance se faisant, des processus conduisant à la catégorisation du réel, à la constitution dynamique de l’objectivité, plutôt que dans une interprétation stabilisée de celle-ci. Nous sommes, insiste-t-il, et ne pouvons être qu’à l’intérieur du monde. La dimension située de toute apparition, de toute manifestation – la co-extensivité de l’apparaître du monde et de l’inscription de celui-ci dans le tissu du monde, l’impossibilité, en d’autres termes, de caractériser la mondanité du monde en tant que telle, constitue le point de départ de la démarche de Michel Bitbol.

Nous sommes dans le monde, nous ne pouvons – même idéalement – prendre une position extérieure par rapport à lui, il est de l’essence de la connaissance d’être connaissance située, précédée et bâtie à partir du tissu dense du monde au sein duquel elle ne dégage qu’une étroite clairière d’objectivité. La chose ne peut plus être considérée comme séparée, individuée, close. La réalité du réel ne peut plus être saisie dans l’illusion d’un « en elle-même », depuis une extériorité totale qui permettrait de se le donner comme « en face ». L’en soi de la chose, dépouillée de tout son réseau de relations, d’appartenances ne peut plus être pensé. Sans appui transcendant, sans fondement, il sombre dans l’inconsistance, et la choséité de la chose dotée de ses propriétés monadiques se dissout selon l’infinité des plans dans lesquels elle se manifeste. Il s’agit alors d’en appréhender d’une autre façon la connaissance

Présentation générale

Il s’agit, le titre l’annonce, de constituer une philosophie des relations. La thématique de la relation note d’abord Bitbol est d’abord devenue structurante en ce qu’elle est devenue un véritable modèle épistémologique (voire ontologique). Dès le XIX siècle, les principaux concepts opératoires de la science sont définis à travers le réseau de relations qui les articule mutuellement et non comme des entités ontologiquement autonomes. La réflexion sur le concept de force (de Helmholtz à Hertz), est pour Bitbol un épisode particulièrement instructif de cette évolution dans la formation des théories scientifiques, qui peut servir d’exemple pour amorcer sa réflexion. La force a en effet peu à peu été autonomisée de l’objet qui l’occasionne : le concept de champ de force, d’une part, et le développement de la thermodynamique ont déplacé le curseur ontologique, depuis les objets individués vers le fond dont ils émergeraient.

Mais ce déplacement, de nature seulement ontologique, est contemporain d’un déplacement épistémologique dont la teneur est bien plus décisive. Dans une perspective kantienne, la force est considérée comme un instrument pour penser les phénomènes ; elle n’a sens qu’au sein du système à travers lequel la réalité est appréhendée et ne prétend pas renvoyer directement à quelque chose. Boltzmann écrit ainsi lucidement que la question de savoir si la matière est une propriété de la force ou la force une propriété est indécidable ; pire, elle est en toute rigueur sans signification, car force et matière ne sont que des images de la pensée taillant et liant des régions dans l’expérience. Heinrich Hertz, dans les Principes de la mécanique, développe une interprétation purement fonctionnelle du concept de corps matériel en distinguant seulement les critères de son identification comme tel. « La chose matérielle devient le corrélat de l’acte consistant à la ré-identifier ». Ce système de représentation n’est même pas unique. La pensée physique de la fin du dix-neuvième siècle donne d’une part l’aprioricité à la représentation des réseaux relationnels (ou structures), et d’autre part « subordonne la relation entre objets à leur relation avec un sujet connaissant actif. »

La philosophie de la mécanique quantique, et plus largement de la physique contemporaine et de ses apories, qui est la spécialité première de Bitbol [2] est un terrain de choix pour poursuivre cette problématique. Le problème de la mesure en mécanique quantique fournit ainsi un excellent exemple de la question des relations. La relation de l’expérimentateur à la préparation n’est pas en effet une simple relation naturelle ; elle rend patente la dépendance de la conception relationnelle du monde à la relation cognitive qui la constitue. Dans Physique et philosophie de l’esprit, Bitbol a déjà mis en évidence l’homologie structurelle de la dialectique des énoncés en première et en troisième personne dans la philosophie de l’esprit contemporaine et les paradoxes en questions, qui relèvent pour lui d’une difficulté d’articulation des structures d’énoncés à visées décontextualisantes et des énoncés intégrant l’indexicalité à leur formulation en mécanique quantique. La science classique, galiléenne, s’est instituée en opérant une décontextualisation massive de ses énoncés (principe du « toute chose égale par ailleurs ». La mécanique quantique est au contraire selon Bitbol une théorie qui intériorise à ses protocoles, à son armature formelle, la situation intramondaine dont elle procède. [3] Elle pose de cette façon au langage scientifique le défi d’une autoréflexion explicitant une dimension de contextualité contraire au telos même suivant lequel il a été mis en place, c’est-à-dire le défi même des conditions de possibilités d’une philosophie des relations. Avec la mécanique quantique, c’est la science elle-même qui impose le développement de modes d’inter-traductions de différents usages du langage, liés à différentes formes de vie. Elle implique de desserrer l’étau du langage courant, et pour cela de « circonscrire une région où son emprise reste indéfiniment programmatique ».

Les points forts de la démonstration

L’ouvrage est organisé en trois grands mouvements

« Résorber les apories de la relativité de la connaissance dans une version de relativisme si bien assumée qu’elle en devient une manière d’être et de chercher, plutôt qu’une thèse »

Bitbol entend dans la première partie de son ouvrage, distinguer nettement la relation cognitive des autres types de relations pour mieux caractériser son projet philosophique. La relation cognitive n’est pas une relation comme une autre, mais le mode même d’opération de la connaissance ; c’est en elle, et par elle, que les choses sont appréhendées en leurs relations réciproques. Il faut dire, souligne Bitbol, que nous sommes dans une relation plutôt que de dire que nous en avons une. La relation cognitive est privée de latéralité connexe par rapport à elle-même ; elle ne peut se considérer de l’extérieur.

Le privilège que Bitbol accorde à l’interface cognitif à travers lequel le réel est élaboré le pousse naturellement à entrer en débat avec les conceptions quiniennes et davidsonniennes. Ce sont cependant, explique-t-il, les a priori même de la controverse des deux auteurs qu’il s’agit de déconstruire. Le problème n’est précisément pas de se demander s’il y a une ou plusieurs organisations possibles de l’expérience, mais de comprendre l’idée même d’organisation de l’expérience. Bitbol s’intéresse de la sorte à la notion de schème conceptuel, contesté par Donald Davidson dans ses Enquêtes sur la vérité et l’interprétation. Le schème conceptuel, montre-t-il, ne doit pas être conçu comme un canevas formel ; l’idée même d’une extériorité mutuelle entre les schèmes conceptuels est trompeuse car elle se base sur une réification linguistique de ceux-ci. Comment d’ailleurs penser l’irréductibilité des schèmes conceptuels sans prendre le double point de vue d’un au-delà et d’un en deçà permettant de statuer sur leur hétérogénéité ? Suivant d’abord Davidson, dans sa déconstruction de la nécessité d’une extériorité transcendante (et surtout une extériorité faite de « faits »), Bitbol pose que l’extériorité n’est pas constituante de la vérité mais l’occasion de sa constitution. La vérité n’a pas besoin d’être donnée dans cette extériorité et par elle (elle est sémantique), même si l’idée de vérité s’ouvre dans cet « horizon » d’un au-delà. Ainsi

« (…) la vérité n’est pas ici un concept extérieur aux pratiques langagières, mais leur programme commun d’action. » [4]

Mais, contre Davidson cette fois, Bitbol explique que le schème n’est pas nécessairement un langage (et encore moins un langage formel) ; cognitifs, les schèmes sont par ailleurs toujours aussi pragmatiques, comportementaux, dispositionnels. Plusieurs schèmes organisateurs peuvent au contraire exister dans une même langue (ainsi en est-il selon lui, avec le déplacement d’une conception ptolémaïque à une conception copernicienne), de termes comme voûte céleste, qui. ont perdu leur sens scientifique et ont vu leur usage se réduire à certaines conditions spécifiquement définies. Un exemple intéressant de la lutte, au sein d’une langue, de schèmes conceptuels hétérogènes, est donné selon Bitbol dans l’étude, par Maurice Leenhart, ethnologue de la Nouvelle Calédonie, de l’intégration progressive de la première personne, jusque là absente de la langue mélanésienne, sous pression de l’état civil. En effet, la langue mélanésienne n’a pas disparu, mais en plusieurs dizaines d’années, un ajustement de son usage s’est opéré. Celui-ci s’est traduit en particulier par le surinvestissement d’un mot ancien, Karo, qui signifiait alors l’armature, l’ossature, réutilisé pour dire je, pour exprimer l’individuation. De cette façon, la langue peut subsister au désinvestissement du schème qui la soutenait L’inter-traduction des schèmes conceptuels est autrement dit non seulement possible mais fréquente ; elle n’est cependant féconde que lorsque les schèmes sont nourris par des enracinements culturels forts des deux côtés. La conclusion de Bitbol est claire : il n’est pas nécessaire d’avoir une ontologie d’objets derrière un langage.

En partant du même point de départ que Davidson, Bitbol parvient ainsi à des conclusions opposées : il y a bien (c’est selon lui une nécessité transcendantale) une pluralité originaire de schèmes, mais le schème « est immanent au champ qu’il structure ». Les schèmes, insiste Bitbol suivant un argument wittgensteinien connu, s’y inscrivent dans un langage en définissant, dans leur usage, des propositions gonds « sur lesquelles on a besoin de s’entendre, même si ces gonds peuvent eux-mêmes être reculés (…) », et qui constituent les préconditions de l’argumentation [5]. C’est en particulier le cas en science, en laquelle il s’agit davantage d’adapter l’usage des mots au support mathématique des concepts que de forger une véritable ontologie à partir d’eux. L’exemple de la remise en cause du concept de trajectoire en mécanique quantique est éclairant à ce sujet. Dans une chambre de Wilson, ce n’est pas une trajectoire que dessinent des gouttelettes ; ce sont les gouttelettes elles-mêmes, en tant que telles, qui sont le phénomène et ce sont elles dont la théorie doit rendre compte.

Pour autant, il ne s’agit pas d’abolir toute idée d’une contrainte exercée par le réel sur l’activité cognitive mais d’en déplacer le site architectonique. La problématique kantienne de la chose en soi donne, selon Bitbol le contour général de ce déplacement. Selon Michel Bitbol, la chose en soi « (...) est ce qu’on ne peut pas éviter de penser, et qui pourtant, par définition, ne saurait être connu » [6].

La chose en soi est ainsi pensée d’abord comme l’origine que la pensée doit nécessairement poser pour les affections de la sensibilité. On ne peut pas, pour Kant, poser le phénomène sans poser qu’il est phénomène de, que sa phénoménalité appelle une extériorité nécessairement extra-phénoménale. Cette extériorité caractérise du même coup le décalage de l’expérience d’avec la raison dans la mesure où « (...) l’expérience ne satisfait jamais entièrement la raison. » [7]

Pour Kant, la position de la chose en soi comme problème est co-originaire de la position de la connaissance comme problème, c’est-à-dire de la forme de réflexion spécifique que le philosophe mobilise lorsqu’il cherche à penser la connaissance comme telle. La chose en soi est autrement dit posée par le philosophe dont l’optique scinde spontanément la question du réel en deux problématiques : le réel comme ce à quoi nous avons directement affaire d’une part, et le réel comme ce à partir de quoi nous pouvons penser le fait d’y avoir affaire. La chose en soi n’est pas au-delà du phénomène, mais n’est rien d’autre que l’au-delà au sein du phénomène. De cette façon, la chose en soi ne peut être posée qu’à même l’acte de synthèse au sein duquel l’unité d’une fonction subjective est elle-même découverte, non sous la forme d’une pré-donnée mais sous celle d’une contrainte transcendantale renvoyée par l’unité de l’élaboration discursive du sensible au sein de l’entendement. En effet, « Ce n’est que dans la mesure où je peux lier dans une conscience un divers de représentations données qu’il m’est possible de me représenter l’identité de la conscience dans ces représentations mêmes. » [8]. De cette façon, la chose en soi apparaît moins comme un pôle que comme le milieu indéterminé, au sein duquel la dualité problématique du sujet et de l’objet peut être élaborée comme telle par le philosophe et explicitée dans sa dynamique.

Un tel déplacement architectonique, engendrant une « version plastique et adaptative de l’épistémologie transcendantale » [9] se heurte pourtant, selon Bitbol, à une résistance d’ordre quasi-culturel, une sorte de pulsion immanente à la conception occidentale à la réification de l’objet de la connaissance en un « en face » dont on serait assuré de la stabilité. La rationalité occidentale se caractérise par le triomphe de la pulsion de distanciation, de désengagement, de refoulement de notre immersion et de notre appartenance à l’expérience, sur la pulsion « d’immersion, de connivence, de continuité ». Pour Bitbol, un tel geste de distanciation initial permet certes de refouler l’obstacle épistémologique initial des mais la connaissance parvenue à son niveau actuel de développement, doit nuancer sa distanciation. Pour cela, s’inspirer de la pensée d’une autre tradition est fructueux pour « (…) atténuer la crampe de la résistance objectiviste sans perdre le bénéfice d’objectiver » [10]

La mise en résonance de la problématique épistémo-ontologique rencontrée et de la conception bouddhique est un des points forts de la démonstration ; elle souligne le caractère essentiellement pratico-pragmatique des antinomies que l’esprit construit dans sa préconception du réel et de l’attitude en laquelle il peut, précisément, espérer les dénouer. L’école bouddhique Madhyamika, la « voie moyenne », dont l’auteur de référence est Nagarjuna, permet de donner corps à un tel ajustement. Il s’agit, souligne Bitbol, d’une école rationnelle et discursive, mais dont la discursivité est subordonnée à un horizon pratique, qui œuvre autrement dit dans un ordre sotériologique plus qu’exclusivement gnoséologique. On peut noter une certaine congruence avec la façon kantienne d’appréhender les choses, même si le but est différent. Comme y insiste Tsongkhapa, le Madhyamika n’est pas dans la dénégation des thèses mais dans leur relativisation. Il faut éviter d’attribuer une valeur de vérité autosuffisante, intégrer les formes de pensées aux formes de vie et élargir les formes de vie à la pleine acceptation des formes de pensée. Il décrit, d’une façon proche de la philosophie kantienne, une fragmentation du sujet en facultés et l’auto-ordonnancement de ces facultés à partir de l’acte de perception. Il y a ainsi une proximité troublante entre l’approche kantienne et l’approche du Madhyamika : derrière l’hétérogénéité essentielle de perspective se dessinent à la fois une homologie structurale. Les différences elles-mêmes s’atténuent lorsqu’on prend en compte à la fois la logique interne du kantisme, articulé à une mise en œuvre toujours aussi pratique, et l’arsenal conceptuel et démonstratif mobilisé par le Madhyamika à l’appui de sa position, pour en raffiner, en fluidifier la formulation.

Pour rendre plus évidente la consistance de la pensée Madhyamika, sa pertinence à l’égard du problème posé, Bitbol règle alors le compte de son supposé relativisme – et livre dans la foulée une réflexion stimulante sur le statut du relativisme en général. Commentant la réfutation platonicienne du relativisme dans le Théétète 171 a-b, il rappelle que pour Platon, la contradiction du relativisme est d’abord performative. Quel savoir, demande Platon, Protagoras transmet-il alors qu’il veut convaincre du bien fondé du relativisme ? Celui-ci ne condamne-t-il pas de facto à la mutité ?

« (…) soit le relativiste se trouve conduit à affirmer quelque chose qui dépasse nolens volens sa propre perspective, et il est aspiré dans une spirale autoréfutante ; soit il se contente d’affirmations valant pour son seul cercle, et les sons qu’il émet s’éteignent dans l’insignifiance » [11]

Bitbol défend alors un assouplissement et une reformulation du relativisme. Pour Bitbol, Aristote (et Platon) dramatisent en effet la « décision du sens » [12] qui est toujours contextuelle, temporaire. Contre Heidegger, avec Lukasiewicz, Bitbol défend de façon heureuse une interprétation éthique (et non ontologique) du principe de contradiction. Il ne faut pas le comprendre comme ce qui rend compte de la consistance de l’étant, mais comme un horizon fédérateur qui peut être assoupli, vers lequel on s’oriente alors selon des stratégies plus ou moins directes. De cette façon est possible une conversion de la racine relativiste du doute en instrument de connaissance, mais d’une connaissance elle-même intégrée à une disposition plus vaste, comme attention à l’expérience, effort pour adhérer à sa diversité. En conséquence de quoi, achève Bitbol, l’autre de l’universalité de la raison discursive « (…) est le représentant d’une universalisation plus vaste qui n’exclut ni la raison ni la convenance d’en suspendre l’usage, ni la parole ni la justesse de se confier à sa valeur performative » [13]

« Montrer que si la connaissance est relative à ses moyens d’accès, sa méthode ne peut consister qu’à mettre en place des réseaux de relations entre phénomènes observables. En déduire que la physique quantique est un archétype universel déployant pleinement les conséquences d’une configuration épistémologique inévitable, plutôt qu’une exception ou une étrangeté dans l’histoire des sciences. »

Le deuxième moment de la réflexion de Bitbol, consacré de façon plus précise à la question des relations et de leur statut, commence par une analyse efficace de la postérité de la discussion kantienne de la théorie leibnizienne. Kant, on le sait, discute dans sa Dissertation l’idée de Leibniz. Pour le père des monades, l’essence d’un objet, le réseau de ses relations internes, permet de rendre compte de ses relations externes. Kant met cette affirmation en difficulté en prenant pour exemple le problème dit de la chiralité : une main gauche ne peut se superposer à une main droite par aucune transformation possible (dans un espace tridimensionnel). Pour autant, il est difficile de dire qu’une main est en soi gauche ou droite sans l’opposer à sa contrepartie. Les leibniziens et leurs descendants, cependant, ne sont pas en reste d’arguments pour raffiner à leur tour la position de leur maître et réfuter la réfutation kantienne. Bitbol, qui s’oriente avec aisance dans ce labyrinthe, distingue finalement 4 positions possibles dans le débat contemporain, mais leur attribue à toutes une semblable insuffisance [14].

Chacune de ces positions, qu’elle se revendique de Kant ou qu’elle le vilipende, note Bitbol est d’une façon ou d’une autre fondationnelle, parce qu’elle présuppose qu’une explication de l’état de fait constaté doit être trouvée, dans la structure intrinsèque des choses ou dans leur disposition réciproque. Chaque fois par conséquent, ce fondationnalisme s’effrite lorsqu’on cherche à l’expliciter plus avant ; chaque position peut se renverser, s’assimiler à une autre du moment qu’on la spécifie en lui ajoutant des hypothèses et des spécifications supplémentaires. Aucune de ces positions ne prend finalement au sérieux le cœur de la réfutation kantienne et toutes elles occultent « la relation qu’entretiennent les relations entre corps ou figures avec le sujet connaissant » et essaient de masquer « l’activité d’établissement de relations par ce sujet connaissant » [15]. Kantien, Bitbol souligne alors la dimension dispositionnelle de la connaissance, à la position du sujet connaissant toujours situé d’une certaine façon relativement à l’objet qu’il vise. Celui-ci n’est en effet pas toujours intégralement détachable de cette dispositionnalité première, ce que la mécanique quantique, on l’a vu déjà et on va le voir encore, illustre abondamment dans l’épistémologie contemporaine. Bitbol se contente pour le moment d’exploiter l’argument kantien en soulignant la difficulté de donner une définition non ostensive de la droite ou de la gauche. Cela pris en compte, on réalise une dissolution des termes même du paradoxe en constatant l’inséparabilité des relations mutuelles et de la relation cognitive. Ainsi conclut-il,

« (…) on peut rendre raison du caractère non fondé des relations entre contreparties spatialement incongruentes (…) en utilisant le schème de double relativité (relativité des relations entre phénomènes vis-à-vis de l’acte cognitif d’arrière-plan qui conduit à leur manifestation). » [16]

La mécanique quantique, on l’a dit, est l’illustration parfaite de cette question [17]. Que se soit, montre Bitbol, dans les tentatives de développer des théories à variables cachées comme dans celles d’élaborer une ontologie capable de rendre compte des phénomènes de non-séparabilités ou d’indétermination, l’illusion transcendantale est la même, et relève, chaque fois, d’une ignorance du principe de double relativité qui vient d’être énoncé. Les tentatives que Bitbol discute partagent là aussi le projet de fonder les phénomènes quantiques ; elles rencontrent toutes des difficultés similaires en tentant de corréler les variables quantiques à de véritables propriétés possédées par le système. Ainsi, précise-t-il, le passage d’une ontologie d’entités monadiques à une ontologie de relations n’autorise aucun gain d’intelligibilité parce que cette nouvelle ontologie partage avec celle qu’elle remplace un présupposé de fixité. Le problème vient bien ici de la visée ontologique et non de la subtilité des paramètres ontologiques choisis C’est bien parce que le formalisme quantique intègre la relation cognitive au sein de la configuration théorique, qu’il est intrinsèquement transcendantal, qu’une telle physique ne peut plus se fonder en aucune ontologie

« L’intrication des vecteurs d’état, loin de dénoter une relation substantielle, traduit seulement une potentialité de manifestation de corrélations sous condition qu’une certaine mesure soit effectuée. Les relations de non-séparabilité sont exactement aussi relatives à des préconditions cognitives que les propriétés monadiques » [18]

En d’autres termes « Il n’y a pas d’échappée envisageable parce qu’il n’y a pas d’échappatoire ; pas de transgression possible parce qu’aucune frontière à transgresser. L’absence de fondement sous-tendant les relations de non-séparabilité fait partie de ces restrictions qui dessinent la forme d’un domaine de connaissance, au lieu d’en manifester, comme on le croit sans réfléchir, un défaut. » [19]

De cette façon « (…) on réalise que les « silences » de la mécanique quantique, loin d’être un frein à l’élucidation de la vérité sur un monde imaginativement extériorisé, sont une manière d’apercevoir le vrai sur notre intériorité au monde. » [20]

Bitbol élargit dans la foulée la question initiale : de l’inanité de toute ontologie de relations supposée sous-tendre l’intrication des vecteurs d’états en mécanique, quantique, il veut passer à l’inanité de toute ontologie de la relation en général. Bitbol fait pour cela quelques rappels historiques sur le projet d’une ontologie de relations [21]. Mais Bitbol applique aux conceptions qu’il évoque le redoutable prisme kantien et montre que les résurgences modernes, chez des auteurs comme Whitehead (mais aussi Simondon), de l’ontologie de la relation sont, montre-t-il, traversées par les mêmes difficultés que l’usage de concepts de relationnalité plus sophistiqués ne fait que masquer. Prolongeant une réflexion déjà proposée dans L’insoutenable proximité du réel Bitbol conteste dans un même mouvement le structuralisme ontologique qui tend à généraliser en physique la conception relationniste du monde par un raffinement du concept de relation et des modes de leur intrication, mais défend pour le remplacer, un structuralisme de « l’interface agissante » tenant compte de la co-émergence des objets et des relations selon lesquelles on les conçoit, au sein de l’acte de connaissance même, et ainsi de la temporalité constitutive de celui-ci.

La dernière partie de son ouvrage vise alors à définir les conditions d’un tel structuralisme.

« Coupler la clause critique de relativité des connaissances avec la représentation scientifique des réseaux de relations entre phénomènes observables. Trouver à partir de là un mode inédit de coopération pour les deux approches à première vue antinomiques que sont la réflexivité transcendantale et la démarche de naturalisation. »

Comme le rappelle d’abord Bitbol, deux projets épistémologiques sont actuellement en concurrence.

• Une épistémologie normative, traditionnelle, qui « vise à obtenir des règles nécessaires et suffisantes pour atteindre la certitude dans la connaissance. » [22] Celle-ci ne décrit pas un processus d’interaction entre un sujet connaissant et le monde, mais établit les normes ; le moyen par lequel cette épistémologie établit son cadre normatif ne se confond pas avec celui de la connaissance qu’elle norme. Elle est directionnelle et fondationnaliste (d’une façon qui reste certes à préciser, puisqu’elle fonde le statut de la connaissance comme connaissance, propose une justification des connaissances), poursuit en d’autres termes la question ouverte depuis le Théétète de Platon.

• Une épistémologie naturalisée qui ne demande, de son côté, aucun fondement. Elle se veut au contraire en marche, provisoire, homogène aux instruments de la science qu’elle vise à légitimer, qui lui paraissent les seuls efficaces dont elle peut disposer. De cette façon, elle ne se veut plus philosophie première mais défense de la science de l’intérieur. En ce sens, l’épistémologie naturalisée n’est peut-être plus une épistémologie ; son objet n’est plus la connaissance mais « un événement prenant place dans les cerveaux humains, ou bien un processus d’adaptation collective à l’environnement » [23]. Il y aurait dès lors selon certains une incommensurabilité de l’épistémologie naturalisée avec l’épistémologie classique ; la première substituerait des notions éthologiques « action efficace orientée vers un but » à « connaissance », « rationalité », « vérité ».

Cette incommensurabilité est pour Bitbol trompeuse. Les deux formes d’épistémologies, évidement, s’interpénètrent ; il y a une méthodologie scientifique cryptiquement codée dans l’épistémologie normative, ainsi qu’une normativité (implicite ou non) dans l’épistémologie naturalisée, même si cette normativité est adoptée a posteriori. Bitbol envisage plutôt dès lors entre ces projets épistémologiques un rapport de coopération inspirée de la neuro-phénoménologie de Varela : l’épistémologie naturalisée peut servir à corriger l’épistémologie prescriptive, l’aider à ne pas se mettre en contradiction avec les énoncés de ce qu’elle entend fonder, et réciproquement, l’épistémologie prescriptive reflète à la plasticité interne du domaine des sciences et aide l’épistémologie naturalisée à ne pas en hypostasier une simple région et un simple état temporaire. Ainsi, les deux projets expriment des angles de vue différents et des niveaux de description différents mais qui s’enrichissent si on définit pour eux un mode d’articulation suffisamment rigoureux. L’épistémologie traditionnelle a besoin des images offertes par sa contrepartie naturalisée mais construit à son tour pour elle un pont entre données expérientielles et reprise naturalisée de ces données.

Bitbol entreprend enfin de déterminer les formes que peut prendre cette collaboration. Il s’agit, écrit Bitbol de mettre en cercle le point de vue du sujet transcendantal structurant la nature, et la prise en compte de ce même sujet en tant qu’il est, en tant qu’il est, comme sujet toujours aussi empirique, partie prenante de cette nature. Le cœur du chapitre et du livre consiste dans la description précise des modalités de cette mise cercle. Que serait, demande Bitbol, une épistémologie naturalisée dans un monde que l’on supposerait fait d’un réseau de relations non-survenantes ? Dans l’épistémologie naturalisée classique, rappelle Bitbol, la relation de connaissance est appréhendée comme un face-à-face : le cercle de l’épistémologie naturalisée classique peut être mis en œuvre indépendamment du cercle de l’épistémologie normative correspondant, et réciproquement, de sortes que l’articulation des deux points de vue est toujours fragile, que l’un risque toujours d’absorber l’autre. Dans le cadre d’une épistémologie de relations, les difficultés occultant la prise en compte des opérations du sujet transcendantal dans la mise en place de l’armature théorique s’estompent au contraire. Une telle épistémologie ne peut pas ignorer son propre « cercle productif » ni l’insertion de celui-ci dans un cercle plus vaste qui fait écho à la simple circularité épistémologique. Le cercle épistémologique, qualifié de cercle restreint « (…) borne la circonscription du connaissant aux instruments de mesure, et la circonscription du connu aux objets d’une théorie scientifique attestée par le biais de ces instruments de mesure. »

S’insère dans un cercle généralisé qui « (…) étend pour sa part le domaine du connaissant au sujet (habituellement humain) doté de tous ses moyens d’investigation sensibles et mentaux, et le domaine du connu au monde naturel (re)constitué par l’ensemble complet des approches scientifiques disponibles » [24]

Le premier cercle détermine la dimension strictement épistémologique de l’articulation des perspectives, la seconde ouvre au contraire prospectivement celle-ci à l’ensemble des dimensions de la participation de l’humain au monde, mais le premier est constitutivement ouvert sur le second qui lui fournit les schèmes de sa propre auto-interprétation. Pour Bitbol, la mécanique quantique met spontanément en œuvre le cercle restreint dont elle trace la délimitation actuelle. Le concept d’auto-poïèse (développé par Varela et Maturana), qui prend pour objet la façon dont un comportement (relation d’un organisme à son environnement) se structure en connaissance par la mise en place d’un certain nombre de schèmes qui établissent de facto une structuration a priori du réel appréhendé en tant que connaissable en détermine selon lui le cercle généralisé. Elle constitue de la sorte pour Bitbol le meilleur paradigme pour penser la relation dynamique de l’homme au monde tout en thématisant dans sa démarche le caractère toujours aussi provisoire, des concepts qu’elle mobilise. Le parallèle structurel entre les apories de la mécanique quantique et les apories de la philosophie de l’esprit, décrit par Bitbol dans Physique et philosophie de l’esprit, est ainsi réinterprété et précisé en un emboîtement de deux cercles délimitant les deux pôles (épistémologiques, et, disons anthropologique) problématiques de cette diplopie selon laquelle l’homme doit à la fois thématiser la propre mise en forme que son activité cognitive impose au monde qu’il veut décrire, c’est-à-dire saisir son activité cognitive comme celle d’un sujet transcendantal, et penser l’appartenance de celui-ci à la nature même qu’il met (transcendentalement) en forme, mais à laquelle il appartient empiriquement, et qui ne peut pas ne pas jouer aussi un rôle dans les modes mêmes de la transcendantalisation de ce sujet.

Ainsi, conclut Bitbol, « (…) une épistémologie naturalisée intégralement relationnelle existe : son cercle restreint du mesurant et du mesuré est établi par la théorie quantique de la mesure, complétée par les théories quantiques de la mesure, complétée par les théories de la décohérence qui garantissent son auto-consistance. Le cercle élargi du connaissant et du connu est assuré par les théories énactiques de la cognition – ordre de la connaissance et ordre du monde co-stabilisées dynamiquement par une condition de viabilité évolutive. » [25]

Cette mise en cercle vertueuse donne enfin selon Bitbol, des résultats fructueux. Cette fécondité est aussitôt illustrée par une méditation sur la question de l’émergence, des différents niveaux d’organisation de la réalité et des rapports qu’ils entretiennent. Bitbol n’a cessé, au cours de son ouvrage, de nous mettre en garde contre les projections ontologiques trop spontanées, de nous rappeler que les molécules, les atomes, n’ont, vis-à-vis des corps humains, des livres, des montagnes, aucun privilège ontologique, que les seconds ne « surviennent » pas sur les premiers, que le réel se donne sous la forme de telles entités définies et isolées à partir de protocoles expérimentaux comme il se donne aussi sous d’autres formes. Pour autant, rappelle-t-il enfin, ces différents degrés s’articulent les uns aux autres : le réel est consistant et inconsistant. Les formes différenciées que nous rencontrons en décrivent quelque chose autant que les structures de champs qui en explicitent les processus microscopiques. Chaque niveau a quelque chose à voir avec ceux qui l’encadrent : l’atomique, le moléculaire, le biologique, sont interconnectés et la connaissance qu’on peut en avoir se raffine de l’aller-et-retour qu’on établit de l’un à l’autre. Autant, soutient Bitbol, la question des propriétés émergentes est ardue, piégée, autant celle des relations émergentes est féconde, parce qu’elle fait de la diversité des perspectives au sein du monde et leur interdépendance la base même de son approche.

Conclusion

Il est difficile de résumer un ouvrage dont les références et les ambitions sont à ce point étendues, et qui ne vise rien moins qu’une refonte trans-paradigmatique intégrant ensemble science et philosophie à une disposition globale fluidifiant la circulation des points de vue et la plasticité des systèmes catégoriaux. L’itinéraire entier ne vise, finalement, à rien d’autre qu’à ouvrir, dans son initiale et dérisoire simplicité, la question d’un étonnement, d’une ouverture, d’une passibilité originelle à la rencontre de l’événement, d’un nouveau sens, à l’expérience toujours recommencée du monde.

La « mobilité théorico-pratique » ainsi prônée, qui rencontre et fait jouer le transcendantal à même ce qu’il devrait fonder, rebutera les tenants d’une refondation ontologique globale, qui n’y verront qu’une forme sophistiquée de relativisme et chercheront dans la postérité schellingienne une systématique capable d’articuler plus ambitieusement transcendantal et nature, mais séduira ceux qui tiennent une refondation spéculative pour impossible et cherchent, pour dénouer les apories que la science et la philosophie contemporaines tissent ensemble, des solutions plus discrètement opératoires.

Notes

[1] Michel Bitbol, De l’intérieur du monde. Pour une philosophie et une science des relations, Flammarion, Paris, 2010

[2] Bitbol interprète la mécanique quantique en insistant sur l’homogénéité des structures mathématiques qu’il mobilise avec une théorie des probabilités élargie. Ainsi, écrivait-il dans Mécanique quantique, une interprétation philosophique « Plus que tout autre, le calcul quantique des probabilités peut être dit porter sur l’avenir et non sur des événements ; car à la différence de tout autre, il apparaît d’emblée énoncer quelque chose sur un avenir ouvert à toute éventualité expérimentale et non sur les éléments d’une gamme pré-donnée d’événements possibles. » Elle opère une intériorisation théorique des énoncés situés, déplaçant, pour ce faire, le lieu de l’objectivation (déterminant des vecteurs d’état et des probabilités d’obtention de résultats, etc.)

[3] Ainsi, dans Mécanique quantique : une introduction philosophique : « En mécanique quantique, les choses sont bien différentes. La stratégie de conjonction est limitée à des ensembles d’observables dites « compatibles », et la stratégie de la redondance est restreinte aux fonctions d’observables appartenant à des sous-ensembles de chaque ensemble d’observables compatibles. Dans tous les autres cas, la pluralité des contextes n’a rien d’accessoire et elle ne saurait donc être tue. »

[4] p. 41

[5] Bitbol rappelle à ce titre le problème de l’intérieur extérieur. L’intériorité constitue selon lui un secteur de sanctuarisations d’énoncés. « L’intériorité est immanente au champ de l’expérience ; elle est lisible dans les jeux de langage qui polarisent ce champ et ne s’en distingue qu’à l’issue d’une démarche réflexive ». p. 79. Tandis que l’extérieur désigne ce sur quoi un accord peut s’établir.

[6] p. 182

[7] Kant, Prolégomènes à toute métaphysique future, § 57

[8] Kant, Critique de la raison pure, B133

[9] p. 189

[10] p. 191

[11] p. 242

[12] Cf. B. Cassin, M. Narcy, La décision du sens

[13] p. 266

[14] Il décrit 1) Un internalisme absolu, qui est la position de Leibniz, selon lequel la structure interne de la main rend aussi compte du fait qu’elle soit droite ou gauche, et au-delà, de la propriété qu’est la chiralité, 2) Un internalisme relatif : le mode d’organisation de la main rend compte du fait qu’elle soit droite ou gauche, mais on ne peut pas pour autant déterminer une propriété intrinsèque de chiralité, 3) Un externalisme absolu ; la structure globale de l’espace auquel appartient la main rend compte de ce qu’elle soit droite ou gauche, mais il n’a aucune différence interne d’une main et de l’autre, 4) Un externalisme relationniste qui lie l’incompatibilité à une simple différence de position de l’objet, assimile la main (droite ou gauche) à une flèche orientée dans un sens ou dans un autre.

[15] p. 280

[16] p. 331

[17] En particulier, à partir de N.D. Mermin, cf. par exemple « What is quantum mechanics trying to tell us ? », American Journal of Physics, 66, 1998, p. 753 – 767

[18] p. 343

[19] Ibid.

[20] p. 376

[21] Il rappelle ainsi la place libre laissée par Aristote dans l’Organon pour une ontologie de la relation (par la thématique des relativum secundum esse, ces choses dont l’être consiste en ce qu’elles sont dites dépendre d’autre chose », Organon Catégories, 7, 6a 36, possibilité dont Aristote a immédiatement refermé l’éventualité (Métaphysique N). La définition donnée par Platon dans le Sophiste (l’être est ce qui possède la puissance d’agir ou de pâtir) laisse également ouverte cette possibilité que le néo-platonisme exploite.

[22] p. 545

[23] p. 551

[24] p. 592

[25] p. 624

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